EN FINR AVEC LE COMPORTEMENT
. . . . . Quand l’électricité chute, qu’il n’y a plus de télé, de cinéma, de lumière, reste un acte possible, avec trois cailloux et une bougie, qui est de raconter une histoire. C’est le propre même du Théâtre.Je suis frappé, dans les bistrots, à la campagne, en ville, de voir à quel point la parole qui il y a dix ans était pour ou contre, est aujourd’hui, paradoxalement, très large, très libre, très coulante, très fluide. Mais nous n’avons pas conscience que ce débat existe,puisque les “hauts lieux” qui devraient en rendre compte, c’est- à-dire la télévision, les ournaux, et même les théâtres institutionnels sont confisqués.
. . . . . On sait que le théâtre est d’une relation très mondaine, c’est un art académique, officiel, esthétique, glacé, pompier, où il s’agit surtout l’évacuer tout ce qui peut gêner ; c’est un langageesthétique qui ne se permet pas un véritable langage artistique, puisqu’un langage artistique est,même s’il est ludique, troublant.
. . . . . Tenant compte de cette situation j’ai commencé à organiser des cycles de lectures, qui sont surtout considérées comme un ersatz de représentation - en attendant que la pièce se monte, ou comme une espèce de marché où des gens viendraient pour écouter tel projet.
. . . . Petit à petit, j’ai découvert un phénomène tout à fait passionnant : le public des lectures n’était plus des gens qui venaient pour écouter quelqu’un, mais il se créait une formidable tribune avec une vraie prise de parole.Au fur et à mesure que j’ai développé cet exercice, dans tous les milieux, j’ai découvert que, bizarrement, les lectures qui fonctionnaient le mieux étaient les plus lourdes, les plus longues (trois heures), les plus formelles, où j’essayais de travailler sur les allitérations, les rythmes, les versifications : terrains que nos scènes théâtrales ont abandonné à l’heure actuelle, alors que les deux “hauts lieux” de modernité, le show-biz et la pub, les utilisent à fond.
. . . . Le contact du public à l’oeuvre était donc plus facile sur un théâtre qui était non psychologique, qui ne décrivait pas du comportement et qui était beaucoup plus proche de l’épique. Dans une lecture publique, on a l’impression de travailler ensemble.Comme dans le cas des conteurs, on “voit” le travail naître directement dans l’imaginaire des spectateurs, ce qui crée une formidable dynamique.
. . . . Je comprends bien que la scène de théâtre, la représentation, l’écriture de théâtre ne puissent montrer aujourd’hui, d’une certaine manière, que des comportements morcelés, individuels, puisque nous sommes dans une société en bribes, en éclats, en morceaux. Or nous avons besoin, sans doute, de quelque chose approchant une notion plus intime qui s’est complètement perdue.
. . . . Un être humain, qu’est-ce que c’est ? Avec en corollaire cette réflexion indienne : un homme,c’est un être vêtu d’espace.
Jean-Yves Picq
Article tiré de la revue Du Théâtre -
Itinéraire Bis
théâtre décentralisations et monde rural
Hors série n°7 - avril 1997
Bulletin N° 7 - 1 trimestre 2006













