En attendant un vrai Théâtre - Le Mans XVIII siècle -

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PETITE HISTOIRE DU THEATRE SARTHOIS PAR     LAURE DELANNOY


8 - EN ATTENDANT UN VRAI THÉÂTRE : LE MANS ( XVIII ième siècle)


. . . . . Le théâtre devait se tenir dans une de ces maisons situées dans le Vieux Mans. Nous avons laissé la chronique théâtrale sarthoise au 18ème siècle au collège de la Flèche chez les Jésuites  (jusqu’en 1764 date de leur expulsion de France).Mais qu’en est-il à cette époque du théâtre “profane”dans le pays manceau ?

. . . . . En fait se prolonge ce que Scarron avait évoqué le siècle précédent dans son "Roman comique": des représentations épisodiques (de quelques semaines généralement) quand passe une troupe en tournée dans l'Ouest et ce dans des lieux non "spécialisés". Il faut alors obligatoirement demander une autorisation officielle (c'est une "formule-type" d'autorisation pour les comédies, les tragédies ou les opéras car alors bien souvent on mélange les genres, théâtre et musique).

. . . . . Par ailleurs, la suspicion des autorités ecclésiastiques est toujours vive à l'encontre du théâtre comme en témoigne l'anecdote rapportée par Sylvie Granger dans son livre "Musiciens dans la ville 1600- 1850" paru chez Belin : en octobre 1768 le chapitre de la collégiale mancelle licencia d'un seul coup son maître de chapelle et son organiste  pour les motifs suivants : "Maître François Pichon, clerc tonsuré, maître de notre musique, fréquentait assidûment le spectacle de la Comédie qui est établie depuis peu dans cette ville, et Maître André-Pierre Elie, notre organiste, aussi clerc tonsuré, avait même poussé la témérité jusqu'à jouer du violon dans l'orchestre... Quoique tancés une première fois, tous deux seraient retournés samedy dernier à la Comédie". En tout cas cet épisode révèle aussi le succès grandissant du théâtre à cette époque au Mans, comme partout ailleurs en France, et si l'on commence à doter les villes de vraies salles de spectacles, Le Mans est à la traîne, comme le déplore une affiche de 1774 constatant que c'est la "seule (ville) de toute la généralité qui soit privée de l'agrément d'une salle de spectacle" (S. Granger, op.cit. p 24).

. . . . . Mais les choses commencent à bouger et voici une autre anecdote, peut-être à l'origine de la construction de la salle de Comédie du Mans en 1776 : dans le Vieux Mans, dans la grand'rue très exactement face à l'Hôtel Rouxelin d'Arcy (notre Ecole de Musique actuelle), une maison particulière (édifiée au 16ème siècle par Pierre Ménard de Villechantre) servait alors de théâtre à la ville ; au première étage se trouvait la salle de théâtre avec une petite scène formée de plusieurs pièces décloisonnées (cette dis- position subsiste encore aujourd'hui dans cette maison, paraît-il, mais est- ce au-dessus du restaurant "Le Plongeoir" ou ce celui du "Vaudeville" ?). Or on raconte que, fatigué d'entendre le tapage mené dans la grand'rue par les laquais attendant leurs maîtres au spectacle, le lieutenant général de police, qui logeait en face, fit suspendre l'activité de cette maison. D'où la naissance, deux ans plus tard, de la salle de Comédie, notre ancienne salle des Concerts, qui subsistera jusqu'en 1986.



Bulletin N° 11  -  2 trimestre 2007

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