Vie et Mort de la salle de Comédie Mancelle 1776 - 1886

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PETITE HISTOIRE DU THEATRE SARTHOIS PAR   LAURE DELANNOY


9 - VIE ET MORT DE LA SALLE DE COMEDIE MANCELLE  (1776-1886 )

. . . . C ’est aux pieds du palais des Comtes du Maine (en bordure de la place des Jacobins) que va être édifiée la salle de comédie mancelle en 1776. C’est dans l’air du temps : toutes les grandes villes ont ou veulent un grand théâtre (Bordeaux, Paris, Nantes..). Donc que les manceaux veuillent eux aussi une vraie salle de spectacle, rien d’étonnant à cela mais elle sera plus modeste ! A l’instigation d’un conseiller au Présidial, Mathieu Chesneau-Desportes, une souscription est lancée dès 1774. Cent vingt actions se sont  vendues très vite, étant entendu que, à la mort du dernier actionnaire, la salle reviendra à la ville propriétaire du terrain : c’est une salle sobre, avec un balcon, pouvant accueillir 850 spectateurs et possédant une excellente acoustique (les manceaux d’il y a vingt ans s’en souviennent encore....).

. . . . Le lundi de Pentecôte 1776, la salle est inaugurée par la troupe de Mademoiselle Duvernoy, “directrice en représentation à Caen”, avec à ses côtés le Sieur Toutain, régisseur : au programme, une tragédie de Voltaire “Mérope” et une petite comédie “L’amant, auteur et valet”.Après cela les représentations vont se multiplier de 1776 à 1783 (ainsi, fin 1776, on joue “Le devin du village”de Jean Jacques Rousseau et en octobre 1777, la troupe de Mademoiselle Montansier, arrivée pour la foire de la Toussaint, donne en alternance “Le Menteur” de Corneille et “Andromaque” de Racine avec également une petite comédie “Le Galant Coureur”). Des tragédies, de grandes comédies certes, mais le plus souvent il s’agit de pièces courtes qui se succèdent au cours d’une même soirée et qui sont “en musique”ou avec de la musique.Et cela durera ! Jusqu’en 1842, il y aura une intense activité théâtrale, musicale... et dansante. Car cette salle de comédie doit être rentable, or c’est une salle polyvalente qui peut devenir, ô merveille, en une demi-heure, grâce à six vérins qui font monter le plancher de la salle au niveau de la scène, une salle de bal.
. . . .  C’est alors, dès 1776 une “frénésie de danse”: des bals désormais publics (avec entrées payantes puis plus tard par abonnement) où se presse toute la “bonne société” mancelle : “on a cette année la fureur de la danse, toutes les semaines il y a bal jusqu’au carnaval !”note dans son journal le chanoine de la Ménouillère (1759-1807).Ainsi le bal des “Dames du Mans”du dimanche Gras (le 9 février 1977) dure quatorze heures de 6 heures du soir à 8 heures du matin ! La reine de ces fêtes est la spirituelle Madame de Fondville, amie des beaux esprits parisiens, qui tient salon en son hôtel de la rue Dorée.
. . . .  A partir de 1783, il va y avoir des “redoutes”, c’est-à- dire des bals publics masqués : chacun peut y cultiver son goût du mystère et attendre fébrilement le moment où l’autre “dénoue la gaze”.

. . . . . 1842 : c’est une nouvelle étape pour la salle de comédie : le grand théâtre municipal en pierre est édifié de l’autre côté de la place des Jacobins et la salle construite 75 ans auparavant ne sera plus que salle de danse pendant trente ans. En 1869 une concession temporaire la confiera “à titre gratuit” à la Société Philharmonique... et la salle, devenue “salle des concerts”, va peu à peu s’assoupir jusqu’à sa démolition en 1986.


Aujourd’hui, sur son emplacement, on peut voir un panneau “rue de la Comédie”.

Bulletin N° 12  - 2 Trimestre 2007

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